La machine à signer, Delphine Batho, « l’insoumise », tombe de haut

Publié: 10octobre par clata2013 dans Actualité, France, LOBBIES & Co. : Ils vous manipulent !, NI ICI NI AILLEURS
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10.10.14. – Le livre de l’ancienne ministre de l’Écologie est une charge féroce contre François Hollande et sa politique énergétique, abandonnée aux intérêts privés.

La machine à signer

(…) Un jour, un préfet très expérimenté, qui a été directeur de cabinet d’un ministre de premier plan, me demande : « Il paraît que vous signez vous-même ? » Il me dit cela d’un air à la fois curieux et amusé, comme s’il tenait là la preuve d’une étrangeté. Les Français ne savent pas qu’il y a dans les ministères des machines à signer qui peuvent remplacer les ministres et imiter parfaitement leur signature. Ainsi, les directeurs de cabinet prennent les décisions et les machines signent décrets, arrêtés, circulaires, réponses aux questions des parlementaires…

Plusieurs fois, les parapheurs comprenant les actes entérinant les prolongations et les mutations des permis dits de Château-Thierry, de Mairy et quelques autres m’ont été transmises. Chaque fois, certaines questions techniques précises restaient sans réponse, et je ne signais pas.

Le dernier épisode s’est déroulé le lundi 3 juin 2013. Je suis avec trois membres de mon cabinet en réunion dans mon bureau sur les permis miniers. Je veux repasser au peigne fin la situation puisque depuis plusieurs semaines une partie de mon équipe veut que je signe ces fameux parapheurs. De nouveau, j’épluche scrupuleusement chaque dossier. Les documents sont assez sommaires. Je pose des questions. Les informations sur les couches géologiques visées laissent à penser qu’il y a anguille sous roche. Surtout, la décision de Hess Oil d’attaquer devant la justice la décision de l’État d’interdire les forages horizontaux est surprenante. Je ne veux pas signer des permis d’exploration pour du gaz de schiste à mon insu.

« Vous devriez signer, Madame, me dit ma directrice de cabinet adjointe.
– Et pourquoi donc ? Je n’ai pas de garantie, lui répondis-je.
– Je crois que vous êtes obligée de signer, Madame, vous n’avez pas le choix, me conseille-t-elle.


– Je ne suis obligée à rien, répliqué-je fermement. J’ai pris l’engagement vis-à-vis du Premier ministre lors de la conférence environnementale qu’il n’y aurait aucune entourloupe. Il a dit lui-même que c’était ma responsabilité. Je ne signe pas. J’ai trop de doutes dans ce dossier. Je ne peux pas prendre le moindre risque qu’il y ait quelque part en France des forages en vue d’exploration pour du gaz de schiste et que la volonté du gouvernement soit roulée dans la farine « à l’insu de son plein gré ». C’est ma responsabilité. Je ne signe pas.
– C’est-à-dire que… en fait j’ai eu un appel d’Emmanuel Macron, finit-elle par lâcher dans un soupir. J’aurais dû vous le dire.
– Hein ? Comment est-ce possible que le secrétaire général adjoint du président de la République vous appelle pour que je signe ces permis miniers là et que vous ne me le disiez pas dans l’instant ? Et en plus, vous me proposiez de signer ce parapheur sans me le dire ? lui demandé-je en colère, stupéfaite.
– Je crois qu’il faut signer, Madame, il vaut mieux pour vous, vraiment, me dit-elle très calmement, visiblement embarrassée.
– Et qu’est-ce qu’ils vont faire si je ne signe pas ? Me virer pour les beaux yeux de Hess Oil ? J’attends de voir ça, c’est impossible ! lui répondis-je en lui rendant les parapheurs, vierges de toute signature.

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