Selon le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MDDECL), le nouveau règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) «constitue une réponse concrète aux demandes formulées par les citoyens, les municipalités et les entreprises du secteur. Il permet de poursuivre les activités d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures tout en assurant l’encadrement de ce développement économique potentiel».

D’abord, il est certes paradoxal qu’un tel règlement émane d’un ministère chargé de la lutte aux changements climatiques. Il est aussi extrêmement gênant de considérer qu’il répond aux demandes des citoyens et des municipalités. Qu’ont appris nos décideurs, qu’ont-ils retenu de la mobilisation sociale sans précédent, des audiences et consultations multiples sur la question et de la démarche rigoureuse et démocratique menée par des milliers de citoyens et des centaines d’élus pour doter leurs municipalités de règlements adéquats pour la protection de leur eau?(…)

(…) Enfin, l’acceptabilité sociale ne doit pas être réduite à l’acceptation sociale, surtout lorsque le public ne dispose pas d’une information complète et crédible. Le fameux «dialogue avec les communautés» mené par des experts institutionnels et de l’industrie peut correspondre à «un système de communication fondé sur l’évacuation de la capacité réflexive des acteurs» (R. Beaudry et coll.). Or toutes les initiatives de marketing social ne remplaceront jamais la nécessité d’identifier collectivement des critères d’acceptabilité fondamentale. L’acceptabilité sociale fait référence à l’exercice d’une démocratie participative et active. La présence accrue des citoyens dans l’arène des choses publiques élargit la dimension éthique des débats et peut conduire à repenser les systèmes de valeurs, généralement implicites ou instrumentalisées, qui déterminent les politiques publiques en matière d’environnement.

La préoccupation grandissante à l’égard de l’acceptabilité sociale au sein de la sphère politico-économique – résultat positif des mouvements de résistance citoyenne – devient ainsi une voie majeure pour renouveler la démocratie, dans un contexte où celle-ci risque d’être kidnappée par une caste oligarchique politico-économique masquant ses propres intérêts «dans la mise en avant formelle des intérêts du plus grand nombre» (D. Bergandi).

Pour en savoir plus http://quebec.huffingtonpost.ca/lucie-sauve/eau-potable-hydrocarbures-ethique-publique_b_5669307.html

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