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Un habitant de Pennsylvanie montre l’eau qui sort de son robinet, chargée de produits chimiques (Patrick Vallélian/L’Hebdo )

La présidente, Célia Blauel, Eau de Paris, opérateur public en charge de l’approvisionnement et de la distribution de l’eau potable dans la capitale, a demandé, la semaine dernière, à la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, le retrait immédiat d’un projet de recherche d’hydrocarbures dans l’Yonne s’inquiétant de risques majeurs de contamination des eaux.

Selon Eau de Paris, la réalisation de projets de forage proposée par la société Bluebach Ressources sur une partie majeure du périmètre du permis de Cézy aurait des effets désastreux sur les aires d’alimentation de captages des sources dont Eau de Paris assure la gestion.

Pour illustrer les craintes exprimées par Eau de Paris, l’expérience actuelle de l’Etat de l’Ohio aux Etats-Unis, décrite par l’article ci-dessous, démontre qu’elles sont bien fondées.

Résumé de l’article  Shale Drilling Destroys Regional Water Resources paru sur http://fwap.org/shale-drilling-destroys-regional-water-resources/

L’Etat de l’Ohio aux Etats-Unis commence à réaliser que les forages de gaz de schiste utilisent en permanence une grande quantité d’eau ruinant les autres usages de cette ressource.

La population ignore que chaque puits fracturé dans l’Ohio est en passe de devenir moins productif au fil du temps nécessitant toujours plus d’eau ayant pour conséquence un prélèvement croissant et exponentiel de cette ressource. A chaque fois puits fracturé dans l’Ohio, sept millions de litres d’eau en moyenne sont nécessaires.
Comme la longueur des forages horizontaux augmente, le volume d’eau nécessaire à la fracturation est aussi en constante augmentation.

Cette eau issue des opérations de fracturation n’est pas recyclée, l’industrie la réutilisant très peu.  De plus, celle-ci est perdue pour le bassin versant et pour toujours puisqu’elle contient des déchets toxiques et radioactifs concentrés.

Les chiffres sont renversants. Le ministère des Ressources naturelles de l’Ohio (ODNR) a délivré des permis permettant jusqu’à présent l’exploitation de 691 puits fracturés, de nouveaux forages sont prévus. Dans les 5 prochaines années, la perte d’eau pour le bassin de la rivière Ohio devrait être 18 500 000 000 gallons. *

Il y a peu de protection réglementaire sur l’eau dans l’Ohio. L’ODNR exige seulement la déclaration des prélèvements d’eau. L’agence n’évalue pas les effets consécutifs de la perte de l’eau et elle n’intervient pas pour protéger la ressource des impacts environnementaux et sanitaires générés par le niveau de consommation  et sa contamination par les déchets de l’industrie.

L’industrie a aussi tendance à sous-estimer sa consommation d’eau dans ses rapports remis à l’ ODNR. Par exemple, dans le comté de Harrison, la quantité réelle utilisée pour la fracturation était 714.010.470 gallons par rapport aux quelques 587.864.044 gallons déclarés. C’est une sous-estimation de 126.146.426 gallons pour ce seul comté.
Au 06/09/14, comme 63 puits ont déjà été forés, 50 puits sont en cours de forage, et 82 nouveaux puits ont été autorisés, l’utilisation de l’eau va plus que doubler dans le comté de Harrison.

Harrison n’est pas le pire comté. Dans le comté de Noble, des 284.523.240 gallons consommés pour la fracturation, 210.891.256 gallons ont été utilisés en une seule année. Il y a encore 53 puits qui sont en attente d’autorisation dans ce même comté. Un autre foreur a utilisé 105.413.224 gallons pour cette même période (Mars 2013 – Mars 2014). Un seul puits utilisé 22.139.168 gallons d’eau pour fracturer. 97.673.766 gallons supplémentaires ont été détruits par la fracturation hydraulique seulement en Juin et Juillet de cette année, soit un total de 413.978.246 gallons perdus, prélevés sur les sources d’eau d’un seul comté en 14 mois.

Les chiffres sont en augmentation exponentielle. Les prélèvements estimés sur le bassin du lac Érié totalisent 30.703.480 gallons qui ont été utilisés pour fracturer les puits. Pour le bassin de la rivière Ohio, un prélèvement de 13 milliards 853 millions litres d’eau est nécessaire pour la fracturation. Même si cette quantité de consommation d’eau douce est énorme, les chiffres sont probablement sous-estimés et sont en hausse du fait de l’augmentation de la longueur des forages horizontaux et du nombre de puits autorisés.

Paul Rubin, un hydrogéologue de New York et consultant en environnement avertit : «les eaux publiques ne devraient pas être fournies à l’industrie du gaz . Le concept qu’il s’agit d’une «utilisation bénéfique» de ces eaux est gravement erroné. Toute utilisation de ces eaux publiques qui assurément entraînerait la contamination à long terme des aquifères, des cours d’eau et des réservoirs de l’Etat ne doit être préconisée en aucune façon que ce soit. La santé publique est une préoccupation majeure et très réelle ».

Les mises en garde de Paul Rubin s’appuient sur des descriptions qui illustrent le croisement des voies de migration des fluides de fracturation avec les flux des eaux souterraines. Ses graphiques montrent que le méthane et les contaminants se déplacent progressivement vers les principaux aquifères et les sources d’approvisionnement en eau.

Non seulement la fracturation consomme de grandes quantités d’eau douce mais génère une énorme quantité de déchets qui doivent être éliminés dans des décharges et des puits d’injection.
Pour le premier semestre de 2014, les puits d’injection de l’Ohio contiennent 5.279.341 barils de déchets provenant des activités de l’Ohio et 4.554.747 barils importés d’autres États.

La migration régulière des eaux de fracturation usées et toxiques menacent les eaux souterraines et de surface plus particulièrement celles qui sont directement sous les réservoirs d’eau et les fonds de vallée où les principaux centres de population se sont développés, tels que Clendening, Leesville, le Piémont et Seneca Lacs loués pour la fracturation hydraulique par le bassin versant Conservancy District Muskingum ( MWCD).

La fracturation pourrait causer une contamination des sources d’eau potable publics au fil du temps – non seulement avec les produits chimiques toxiques et la radioactivité, mais aussi, avec les sels concentrés contenus dans les déchets de la  fracturation.

La crainte de la migration de ces déchets toxiques issue de la fracturation vers les eaux de surface et souterraines sont bien fondées. Tout récemment, le ministère de la protection de l’environnement de Pennsylvanie a publié des informations documentées de 243 cas de contamination de puits d’eau causée par la fracturation avec beaucoup d’autres encore à l’étude ( http://thinkprogress.org/climate/2014/08/29/3477184/pennsylvania-fracking-water-%20contamination/ ).

Un rapport révisé par les pairs récente a déclaré: «Noble gases identify the mechanisms of fugitive gas contamination in drinking-water wells overlying the Marcellus and Barnett Shales» (http://www.pnas.org/content/111/39/14076.abstract ).

Un autre rapport a conclu, « Même dans le meilleur des cas, un puits individuel dégage potentiellement au moins 200 m3 de liquides contaminés » (http://www.sciencedaily.com/releases/2012/08/120806093929.htm ).

Frac Tracker (http://www.fractracker.org/ continue de compiler des données montrant les effets de plus en plus importants des prélèvements d’eau pour la fracturation. Les résultats détaillés de leur travail sont accessibles au public sur http://www.fractracker.org/2013/12/water-demands/ pour l’analyse du bassin de la rivière Muskingum et sur http://www.fractracker.org/2013/01/ohlakes/ montrant la menace pour les lacs de l’Ohio.

Selon Ted Auch, Ph.D., coordonnatrice du programme Ohio FracTracker, « Ce que nous voyons est déjà une tendance qui peut entraîner des effets dévastateurs sur des bassins versants entiers. Tout d’abord, des écosystèmes déjà fragiles seront affectés très négativement, et si cette tendance se poursuit selon les projections du déploiement de la fracturation hydraulique en Ohio, les besoins en eau pour les usages humains et autres seront probablement durement touchés. Nous prévoyons une crise régionale de l’eau à ce rythme de destruction « .

Selon le Dr Auch, l’augmentation de la longueur des forages horizontaux provoque une hausse de plus de 40% de la consommation d’eau douce, son utilisation est passée de 4.880.000 moyenne gallons par puits fracturé à 7.270.000 gallons aujourd’hui. De l’eau supplémentaire est ainsi utilisée pour accroître la production.

Le coût de cette précieuse ressource consommée par fracturation est très infime par rapport au coût total de l’opération de fracturation. L’eau est un produit pas cher pour augmenter la production, un produit jetable utilisé par l’industrie, sans contrainte, qui ne reflète en rien sa valeur réelle.

Lea Harper, directrice générale du projet de responsabilisation de l’eau douce (www.FWAP.org) continue de suivre les modifications apportées aux cours d’eau dans  le Sud-Est de l’Ohio ainsi que les impacts de la fracturation qui sont de plus en plus apparents. Elle constate avec inquiétude que l’on peut déjà voir dans la région la dégradation des zones humides et la perte des flux de surface des petits cours d’eau.

Le procureur Terry Lodge a ajouté: «Ce que nous voyons est déjà une tendance qui peut dévaster des bassins versants entiers dans l’Ohio et ailleurs. Si la fracturation continue comme prévue, toutes les autres utilisations de l’eau – pour l’industrie, l’agriculture, le soutien de la vie – seront probablement lésées. Ce que les gens ne peuvent pas comprendre, c’est que la fracturation détruit l’eau pour de bon. Des milliards et des milliards de gallons d’eau douce propre retirés du cycle de l’eau et, pour toujours, être transformés en déchets contaminés. L’eau restante peut être empoisonnée au delà de toute possibilité d’y remédier. Cette eau ne peut jamais être remplacée. Quand elle est partie, elle est partie pour de bon »

L’article original : Shale Drilling Destroys Regional Water Resources http://fwap.org/shale-drilling-destroys-regional-water-resources/

Les statistiques de Frack Tracker : http://fwap.org/wp-content/uploads/2014/09/9-25-14-FracTracker-Statistics.pdf

* Le gallon est une unité de volume anglo-saxonne, utilisée pour mesurer les liquides, il correspond exactement à 3,785411784 litre.

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