Article : Exposed and in the dark about fracking chemicals in Europe  http://fractura-hidraulica.blogspot.com.es/2014/10/exposed-and-in-dark-about-fracking.html

Les institutions de l’Union européenne ne savent pas quelles sont les substances chimiques actuellement utilisées dans le processus de la fracturation hydraulique sur le territoire de l’UE.
Pire encore, elles admettent ouvertement qu’il est impossible à ce jour de procéder à une caractérisation précise des risques parce que les études (portant sur les scénarios d’exposition à ces substances ) sur leur évaluation n’existent pas encore.
Le plan annoncé par la Commission pour rétablir cette situation semble insuffisant.

Analyse par Samuel Martin-Sosa, Coordinateur International de l’association Ecologistas en Acción.

Bien que le gaz de schiste ne soit pas encore exploité commercialement dans l’Union européenne (UE), le processus de fracturation hydraulique, qui consiste à injecter une grande quantité d’eau sous pression et des produits chimiques dans le substrat rocheux, est déjà utilisé dans des puits d’exploration dans des pays comme la Pologne, la Roumanie ou le Royaume-Uni. Quelles sont les substances chimiques qui sont exactement injectées? Nous ne savons pas. On ne connaît pas l’effet qu’elles ont sur ​​l’environnement aujourd’hui, ni celui qu’elles auront dans l’avenir.

L’enregistrement des substances

L’UE a l’un des cadres juridiques les plus avancés dans le monde pour ce qui est des substances chimiques. Le contenu de la réglementation REACH stipule que toutes les substances chimiques sur le marché doivent être enregistrées à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Chaque utilisation d’une substance doit être enregistrée séparément. Par exemple, si une compagnie de gaz veut utiliser l’acrylamide pour la fracturation, l’agence ne prendra pas en considération le fait que le même acrylamide est déjà enregistrée comme un agglutinant pour l’industrie du papier; chaque nouvelle utilisation de la substance nécessite une nouvelle inscription dans le registre qui décrit les risques générés par le nouveau processus d’utilisation.

Au moment de l’inscription, il est nécessaire d’indiquer les propriétés dangereuses d’une substance. Certaines substances très dangereuses, parce qu’elles sont cancérogènes, mutagènes, toxiques soit pour la reproduction, pour les voies respiratoires ou pour la peau, etc, sont incluses sur une liste « spéciale ». Les produits chimiques figurant sur cette liste peuvent être retirés du marché à un moment donné et sont soumis à des procédures d’autorisation très strictes et accordées que dans des cas exceptionnels.

Aujourd’hui, il n’y a pas moyen de savoir si l’une de ces substances est utilisée dans l’Union européenne pour la fracturation -ni aucune substance chimique, ni aucune autre, comme l’ a admis l’ECHA, il y a un an, à l’association Ecologistas en Acción.
Lorsqu’on lui a demandé des explications, l’agence a répondu que son système d’enregistrement n’a pas de catégorie spécifique dédiée à l’identification des produits chimiques utilisés pour la fracturation; il est raisonnable de supposer que si une substance a été enregistrée pour cette utilisation, cet enregistrement a été fait, à ce jour, sous une rubrique plus générale (comme « mines »).

La Commission a déclaré cette semaine qu’ « une nouvelle catégorie, intitulée produits de fracturation et d’ extraction du pétrole et du gaz sera incluse dans une mise à jour de l’outil IUCLID », mais celui-ci ne serait opérationnel qu’ en 2016 et après que l’ECHA ait mis en place une consultation publique sur la question. Jusque-là, nous resterons probablement dans l’ignorance sur ce qui est utilisé aujourd’hui.

Toutefois, il y a quelque chose que nous savons. Cuadrilla Resources, entreprise qui utilise la fracturation hydraulique dans ses forages au Royaume-Uni et qui détient également des permis en Pologne, a reconnu devant la presse qu’elle utilise du polyacrylamide. Le polyacrylamide est formé de sous-unités d’acrylamide, substance qui est présente dans la liste spéciale que nous avons mentionnée précédemment et qui peut causer des cancers et des mutations.

La mise en œuvre de REACH est assez lente, et il est inquiétant de constater que pendant ce temps des milliers de substances chimiques sont utilisées en Europe attendant qu’elles soient évaluées pour leurs incidences environnementales. Il est tout simplement incroyable que des produits chimiques largement reconnus pour être des bombes « bona fide » doivent encore attendre d’être réglementés dans leur utilisation.

En outre, parmi les substances qui sont depuis longtemps utilisées dans la fracturation hydraulique dans des pays, comme les Etats-Unis ou en Australie, on trouve des substances telles que l’ éthoxylé 4-nonylphénol (perturbateur endocrinien, bioaccumulable et persistant), le formamide (tératogène) , le naphtalène (cancérigène) … avec des caractéristiques qui ne manqueraient pas de les faire figurer sur la liste spéciale en Europe. Une étude scientifique 2011 a compilé une liste exhaustive de centaines de substances utilisées dans la fracturation hydraulique.
Plus de 75% de ces substances affectent la peau et les yeux, 40-50% affectent les systèmes nerveux, immunitaire et cardio-vasculaire, 37% le système endocrinien, et 25% sont des agents cancérigènes ou mutagènes.

L’évaluation des risques

Pour les substances chimiques qui ne dépassent pas les seuils de toxicité nécessitant leur inclusion dans cette liste prioritaire, l’exigence est de caractériser leurs risques en présentant une étude sur leur « sûreté » chimique qui comparerait pour les organismes vivants « l’exposition » à la substance avec leur toxicité . Pour évaluer l’exposition à une substance, il est nécessaire d’avoir un «scénario d’exposition» spécifique à chaque utilisation (comment une substance donnée serait diffusée par l’eau, le sol et l’atmosphère, une fois libéré dans l’environnement).

ECHA reconnaît ouvertement qu’il n’est pas possible d’évaluer le risque des substances utilisées dans la fracturation hydraulique parce que les scénarios d’exposition pour ce process n’ont pas encore été développés. Et au-delà, l’Agence a reconnu cette semaine que l’ enregistrement des produits chimiques de l’UE dans la catégorie des substances utilisées pour la fracturation ne se ferait qu’en 2016 et que la Commission participe à des négociations dans le cadre de l’OCDE sur le développement des scénarios d’exposition génériques pour les substances généralement utilisées pour la fracturation. En attendant, l’absence de ces scénarios pose une question très grave, parce que sans eux, il est impossible d’évaluer le risque que ces substances présentent pour la santé humaine et l’environnement.

La conclusion est terrible : même si nous savons que certains produits chimiques sont utilisés, nous ne savons pas lesquels. Nous ne pouvons donc pas savoir si l’un de ces produits chimiques est très dangereux. Nous ne savons pas pour les «autres» produits chimiques, quels sont les effets qu’ils pourraient avoir sur la santé ou l’environnement. Ces trois faits, en eux-mêmes, devraient être suffisants pour arrêter la fracturation dans l’UE aujourd’hui.

La Commission européenne a déjà reconnu il y a quelque temps que l’utilisation de produits chimiques dans la fracturation hydraulique en Europe est probablement illégale. Trois ans plus tard, les choses bougent mais beaucoup trop lentement comme nous l’avons vu. La Commission européenne avait préparé une directive pour réglementer la fracturation hydraulique, mais celle-ci a été abandonnée en raison des pressions exercées par les pays qui veulent développer la fracturation hydraulique.

En Janvier 2014, la CE a produit des recommandations non contraignantes ; entre autres mesures, ils ont suggéré aux États membres « d’informer le public sur la composition du fluide utilisé pour la fracturation hydraulique de chaque puits. » Informer volontairement le public de la composition du fluide ? ! Comme on pouvait s’y attendre, cela semble indiquer que la Commission européenne et l’ECHA abandonnent tout effort pour identifier la composition de ce liquide en respectant un cadre juridique plus strict et pour être en mesure de mettre ces informations à la disposition du public.

Face à l’incapacité de l’ECHA d’identifier quels sont les produits chimiques utilisés dans la fracturation, la Commission européenne a publié, il y un an, une étude dans laquelle seulement 16 substances ont été choisies parmi celles couramment utilisées dans d’autres parties du monde, et qui avaient été enregistrées au titre de REACH en Europe, pour des utilisations dans l’exploitation minière ou le forage en mer ( qui pouvaient masquer la fracturation dans le cas des réserves de gaz de schiste en mer).

L’objectif de l’étude était d’analyser la façon dont ces produits chimiques avaient été enregistrés. Les produits chimiques considérés étaient le méthanol, l’isopropanol, l’acide borique, de l’hydroxyde de sodium, l’acrylamide, le glutaraldéhyde, divers distillats de pétrole, etc …. Les résultats ont été décourageants. Pour la grande majorité de ces substances, l’étude sur leur sûreté chimique pour l’environnement n’a pas été fournie par le déclarant affirmant que l’absence de risque associé à la substance avait été identifié.

Néanmoins, quand on regarde la classification de ces substances, à l’étiquetage et à l’emballage (règlement CLP), nous voyons que certains types de danger sont attribués à la quasi-totalité d’entre elles. Les effets vont de la corrosion, à l’ irritation de la peau en passant par des difficultés respiratoires, des allergies … tout le cheminement pour provoquer le cancer ou des malformations congénitales. L’entreprise n’a pas dit la vérité. La demande par la Commission à l’ECHA de trouver une solution temporaire avant 2016 pour identifier et examiner les substances chimiques utilisées dans la fracturation hydraulique qui ne figurent pas dans la base de données de REACH reste faible

En tant que citoyens, nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Nous devons exiger que les autorités européennes enlèvent de leurs yeux leurs bandeaux et nous protègent de manière efficace contre les substances chimiques . Nous voulons savoir. Et nous voulons savoir maintenant parce que la fracturation hydraulique est déjà utilisée dans le sous-sol européen.

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