Etats-Unis : Surestimer les réserves de pétrole pour lever l’interdiction de son exportation

Publié: 5novembre par clata2013 dans Actualité, ECONOMIE, LOBBIES & Co. : Ils vous manipulent !, Monde
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We’re Sitting on 10 Billion Barrels of Oil! OK, Two – Nous sommes assis sur 10 milliards de barils de pétrole ! Bon, d’accord, sur deux milliards de barils! http://www.bloomberg.com/news/2014-10-09/ceos-tout-reserves-of-oil-gas-revealed-to-be-less-to-sec.html

Texte et traduction d’Isabelle Lévy du collectif du pays Fertois

Pour mesurer l’importance de cet article, il est nécessaire d’avoir ces trois informations à l’esprit:

• Cet article a été écrit par quatre rédacteurs de Bloomberg.
Bloomberg est “un groupe financier américain spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière […] emploie en 2008, plus de 10 000 employés répartis dans plus de 130 pays. » (Wikipedia)

• Aux Etats-Unis, les entreprises pétrolières cotées en bourse doivent déclarer chaque année la valeur de leurs « réserves prouvées » à la SEC.
La SEC, c’est  “l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. C’est en quelque sorte le « gendarme de la Bourse » américain,[…] Les lois et réglementations financières qui régulent le marché financier aux États-Unis proviennent du principe que tout investisseur, institutionnel ou privé, doit avoir accès à un minimum d’informations avant d’acheter et pendant toute la durée de détention des actions.” (wiki)

• A la suite du premier choc pétrolier (1973), les entreprises pétrolières américaines ne peuvent pas exporter de pétrole brut produit sur le sol américain. Cela fait suite à l’embargo des pays arabes à l’encontre des USA, en 1973. Les pétroliers exploitant le pétrole de schiste aimeraient obtenir l’autorisation d’exporter ce pétrole qu’ils espèrent vendre à un prix supérieur au prix du marché intérieur américain.

Après avoir lu cet article on comprend mieux l’acharnement des lobbies à vouloir à tout prix expliquer que les Etats-Unis ont atteint leur indépendance énergétique, alors que les chiffres prouvent le contraire. De fait, il s’agit d’une partie de bras de fer avec le pouvoir politique fédéral, qui seul, peut lever l’embargo datant du premier choc pétrolier. Et comment faire céder le pouvoir? En lui martelant que le pays étant indépendant énergétiquement, il peut maintenant exporter, sans risquer de déséquilibrer l’économie nationale. 

Article de Bloomberg : extraits

Nous sommes assis sur 10 milliards de barils de pétrole ! Bon, d’accord, sur deux milliards de barils!

Le PDG de Marathon Oil a dit à ses investisseurs le mois dernier que l’entreprise était assise sur l’équivalent de 4,3 milliards de barils correspondant aux terrains exploitables qu’elle détient aux USA.
Ce chiffre est 5,5 fois plus important que ce que Marathon a déclaré aux autorités fédérales. Ces écarts sont monnaie courante dans l’industrie pétrolière « schisteuse » aux Etats-Unis.

Les pétroliers font appel à des chiffres plus importants pour vendre le boom de la fracturation à leurs investisseurs et pour persuader les autorités de lever l’interdiction d’exporter le pétrole brut, interdiction qui dure depuis 39 ans.  62 pétroliers sur 73 ont déclaré un chiffre différent à la SEC et à leurs investisseurs, selon les données compilées par Bloomberg. Par exemple, Pioneer Natural Resources a donné un chiffre 13 fois supérieur, Goodrich Petroleum Corp a multiplié par 19 et Rice Energy Inc par 27!

Pioneer Natural Resources a déclaré à ses investisseurs potentiels une augmentation de 2 milliards de barils par an (et ceci depuis les 5 dernières années) alors que les réserves prouvées déclarées à la SEC ont, elles, baissé chaque année.

(…) La production américaine de pétrole en 2014, a atteint son plus haut chiffre depuis 28 ans, ce qui a eu pour effet de contribuer à la baisse de 20% du prix du pétrole américain depuis la fin du mois de Juin. La production américaine devrait croître de 12% l’année prochaine, au plus haut niveau depuis 1970, selon l’Energy Information Administration (le département américain de l’Énergie). Dans le même temps, la consommation américaine devrait diminuer de 0,2 % cette année, toujours d’après l’EIA.
(…)
La SEC demande aux pétroliers de fournir un rapport annuel indiquant combien de pétrole et de gaz l’entreprise va produire, il s’agit de ce qu’on apple les «réserves prouvées». Les dirigeants des entreprises concernées doivent certifier que les données sont réelles.
Il n’existe aucune réglementation concernant les annonces faites aux investisseurs. On y évoque plutôt des «ressources potentielles». Dans ces présentations publiques, on inclut les puits qui vont perdre de l’argent, des lieux qui ne seront jamais forés, des concessions où la probabilité qu’elle soit rentable est inférieure à 10%, c’est ce que Bloomberg a trouvé en compilant les données à sa disposition.

Le résultat, en matière d’indépendance énergétique des Etats-Unis s’exprime plus en terme d’espoir qu’en terme de faits vérifiables. [cette phrase se trouve dans l’article original de Bloomberg]. (…)

L’estimation moyenne des ressources potentielles était de 6,6 fois plus élevée que les réserves prouvées déclarées à la SEC, selon les données compilées par Bloomberg.

Toutes ces surestimations ont un objectif: convaincre de lever l’interdiction d’exportation du pétrole produit aux USA. Si nous avons autant de pétrole que ce qui est annoncé, pourquoi ne pas autoriser l’exportation. Cette levée de l’embargo pris en 1973, permettrait aux entreprises telles que Poneer, Marathon et Continental de gagner des milliards supplémentaires: le prix du baril sur le marché international, étant en moyenne de 8,5% supérieur au prix du baril sur le marché intérieur américain.

« Si on n’autorise pas les exportations de pétrole, les investisseurs vont aller ailleurs » déclare la sénatrice démocrate du Nord Dakota. « et cela va réduire le développement et les rentrées de dollars ». 

L’entreprise Hess Oil a déclaré à la SEC 659 millions de barils (réserves prouvées pour les Etats-Unis). Au cours de la dernière présentation aux investisseurs, l’entreprise a dit qu’elle possédiat 1,2 milliards de barils rien que pour le gisement de Bakken. Les actions de Hess ont augmenté de 7,9% l’année dernière. Aucun représentant de Hess n’a voulu répondre aux enquêteurs de Bloomberg.

Le tableau complet des chiffres concernant les 73 entreprises se trouve ici: http://images.businessweek.com/bloomberg/pdfs/BN_100914_9023.pdf

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