La baisse actuelle des cours de l’or noir aggrave les difficultés de financement de nouveaux projets pétroliers coûteux, mais indispensables pour continuer à compenser le déclin de nombreuses sources de pétrole conventionnel.

(…)L’abondance extraordinaire de la production du pétrole de roche-mère aux Etats-Unis constitue la raison fondamentale. Grâce aux techniques de fracturation et de forage horizontal, sans cesse peaufinées, les extractions américaines de brut atteignent désormais 8,5 millions de barils par jour (Mb/j), un chiffre à mettre en regard des 9,6 Mb/j de l’Arabie Saoudite. Toutes formes de carburant confondues, c’est-à-dire en comptant notamment les agrocarburants, la production des Etats-Unis atteint depuis juin un montant record sans précédent où que ce soit dans le monde : 14 Mb/j selon Washington (pour une consommation domestique de 19 Mb/j) ! Le retour d’Uncle Sam au premier rang des producteurs de carburant de la planète est rien de moins qu’historique.

Côté demande, l’abaissement des perspectives de croissance industrielle en Chine, qui affecte également les cours d’autres matières premières importantes, joue sa part dans la tendance baissière du marché de l’or noir. Toutefois, la demande mondiale de brut n’a pas cessé d’augmenter : elle s’est accrue de 4 % depuis début 2012, selon l’Agence internationale de l’énergie.(…)

(…) L’abondance d’or noir apportée par le pétrole de roche-mère est bel et bien la cause première de la chute actuelle des cours : dans un contexte de croissance ralentie, l’économie mondiale dispose d’environ 3 Mb/j de plus qu’il y a trois ans, et et la production mondiale totale de toutes les formes de carburant atteint désormais 93 Mb/j. Rien qu’aux Etats-Unis, les extractions d’or noir ont augmenté… de plus d’un quart au cours depuis 2011 !
Aux Etats-Unis, à la surprise de beaucoup, les producteurs de pétrole de roche-mère semblent plutôt très bien tenir le choc. Du Dakota du Nord au Texas, la plupart des zones d’extraction de ce pétrole « non conventionnel », grâce auquel le pays de l’or noir vit une seconde jeunesse, restent rentables même avec un baril à 80 dollars.
Le faramineux rythme actuel de croissance des pétroles de roche-mère ralentirait seulement d’un quart si les cours tombaient à 70 dollars, estime Ed Morse, l’analyste mondialement réputé de la banque Citigroup. Il faudrait que le prix du baril baisse jusqu’à 50 dollars pour stopper la progression des extractions américaines, précise Citigroup. Le Financial Times, parmi d’autres sources, confirme cette robustesse inattendue, et insiste sur les progrès techniques constants qui n’arrêtent pas d’accroître la productivité de chaque puits foré.(…)

(…)La chute de la valeur de l’or noir ne devrait pas encourager les majors à reprendre leurs efforts d’investissements. Bien au contraire, cette baisse a toutes les chances de les rendre encore moins capables qu’avant de compenser le déclin de leurs productions de pétrole conventionnel.
Le déclin de la production existante de pétrole conventionnel (80 % de l’offre, je le souligne à nouveau) représentera dans dix ans l’équivalent de la moitié de la production mondiale. La moitié.
Pour maintenir à flot la machinerie thermo-industrielle globale, l’exploit de la résurrection de la production de brut des Etats-Unis (laquelle déclinait depuis quarante ans lorsque le boom du pétrole de roche-mère a débuté en 2010) devra non seulement être confirmé, mais également répété plusieurs fois ailleurs.(…)

(…) Le pétrole de roche-mère rend-il obsolète la problématique du pic pétrolier ? A l’instar du directeur scientifique de Total, beaucoup d’industriels veulent désormais le croire. Sauf que pour l’instant, Total et les autres majors sont encore loin, mais alors très loin, d’être en mesure de compenser le déclin historique de leur production de pétrole conventionnel par l’accès à de nouvelles sources intactes de pétrole de roche-mère. D’autres y parviennent à leur place, vae victis. Mais cela suffira-t-il, et pour combien de temps ? A suivre.

En savoir plus http://petrole.blog.lemonde.fr/2014/10/31/le-petrole-pas-assez-cher/

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