Dans une interview donné au Midi-Libre (ici), Patrick Pouyanné , PDG de Total, fait appelle à Descartes à sa rationalité  face à ce qui serait une émotion passagère d’une population fonctionnant uniquement à l’affect.

arton106-4d136-600b1Extrait :

Je la conçois et je l’entends même si je regrette qu’au pays de Descartes, nous ne puissions pas avoir un débat rationnel basé sur des faits objectifs. Mais si les inquiétudes existent, c’est que nous sommes en partie responsables d’avoir mal ou pas assez expliqué ni anticipé ces inquiétudes au moment de la prise du permis. Et je suis bien sûr ouvert au dialogue puisque, encore une fois, nous ne passerons pas en force. Je m’y suis engagé.

Bref un belle caricature, le combat de celui qui sait, le scientifique froid et rationnel contre la population qui ne comprend pas, à la sensibilité exacerbée se laissant guidée par l’émotion et non par la raison.

Brandir Descartes, monsieur Pouyanné, vous sert de paravent pour cacher vos vrais finalités. Que nous indique la raison dans notre situation :

Explorer et exploiter une ressource incertaine avec des techniques balbutiantes ou non maîtrisables par les ingénieurs pétroliers comme la fracturation hydraulique en a fait la preuve ?

Refuser l’exploration et l’exploitation pour protéger son environnement, son eau, sa santé et celle de ses enfants ?

Explorer et exploiter une ressource qui va inévitablement accentuer nos émissions de gaz à effet de serre déjà importantes et qui contribuera au changement climatique déjà en cours ?

Refuser l’exploration et l’exploitation pour permettre à des secteurs économiques soutenus par les collectivités territoriales de continuer à se développer et ainsi pérenniser son activité professionnelle et donc son emploi ?

Explorer et exploiter coute que coute car on ne sait jamais, il y aura peut être des bénéfices à tirer de la terre pour vos actionnaires qui vous paient si cher ?

Refuser l’exploration et l’exploitation pour préserver son mode et sa qualité de vie, son patrimoine et les paysages qui vous entourent chaque jour ?

Votre rationalité est toute subjective, vous voyez. La population à laquelle vous n’avez soi-disant pas assez expliqué et bien, elle, elle a compris les enjeux contrairement à ce que vous pouvez penser, elle a fait son choix, c’est non aux énergies du passé et oui aux énergies renouvelables sous forme de coopératives citoyennes, comme il commence à s’en développer dans notre région.

A ce sujet vous soutenez que le gaz devra faire partie du mix énergétique à court, moyen et long terme. Le gaz serait en quelque sorte une énergie d’avenir :

La première conviction, c’est que l’avenir repose sur un mix énergétique qui couvre à la fois les hydrocarbures et les renouvelables. Nous aurons besoin de toutes les énergies pour répondre à la demande de la population toujours plus nombreuse sur la planète. Dans le cadre de la stratégie de diversification, la route de Total passe d’abord par le gaz !

Ce n’est pas forcément connu du grand public mais il y a 10 ans, Total produisait 70% de pétrole et 30% de gaz. Aujourd’hui nous produisons autant de pétrole que de gaz. Or le gaz naturel présente des avantages en termes de flexibilité d’approvisionnement et d’utilisation et sur le plan environnemental. En effet, les émissions de CO2 liées à sa combustion pour la production d’électricité représentent seulement 50% de celles provenant de la combustion du charbon. Un bon point pour la planète face au défi du réchauffement climatique.

Oui, vous avez sûrement raison. D’ailleurs NegaWatt fait le même constat que vous, il est très probable que le gaz aura une place importante pendant et après la transition énergétique. Mais il ne s’agit pas du même gaz. Ce doit être un gaz issu de procédé de méthanisation ou de méthanation n’ajoutant pas de CO2 dans l’atmosphère quand on le brûle et non le gaz que vous comptez venir chercher dans le sol des Cévennes.

Enfin, vous l’avouez, vous êtes patient. Vous savez que le temps joue pour vous. Vous venez de récupérer votre permis de Montélimar pour au moins 10 ans, peut être même 14 ans si vos avocats font bien leur job. Vous attendez donc maintenant de pouvoir vous en servir :

Je me suis clairement exprimé sur le sujet : nous n’interviendrons pas sur ce permis tant qu’il n’y aura pas de consensus. Cela signifie que même si la justice nous a rendu le permis, nous n’exercerons pas notre droit à forer sans l’accord du gouvernement. Or le gouvernement ne le souhaite pas et j’ai bien sûr confirmé au Président de la République, au Premier ministre et à Mme Royal ce que j’ai déjà déclaré : il n’y aura pas de passage en force, ni de passage « en douce » de notre part.

D’ici 2030, qui sait, le pouvoir politique a le temps de changer de main. Ce que la loi Jacob a fait, une autre loi peut le défaire facilement. Avec l’aide d’un pouvoir politique complice, vous pourrez entamer vos recherches et puis comme cela demande beaucoup d’argent, la recherche, vous l’exploiterez, votre permis, peut être pas tout de suite, mais si le cours du baril repart à la hausse alors tout est possible. Ce ne sera pas un passage en force, ni un passage en douce, ce sera un passage à l’usure, un passage d’opportuniste, circonstancié.

Comme vous le dites pour les États-Unis et l’Iran, vous savez saisir les opportunités, attendre le moment propice pour entrer en jeu, que le vent tourne en votre faveur, c’est le privilège des puissants. Pendant ce temps d’attente, vous vous préparez, bataille juridique, travail de l’opinion publique, prises de contact avec les dirigeants… Vous tissez votre toile en attendant…patiemment…

commentaires
  1. […] Source : Le PDG de Total appelle à la rationalité, Descartes se retourne dans sa tombe […]